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Pourquoi je suis clown activiste ?

jeudi 19 novembre 2009, par artnezrouge

Ce texte est avant tout une réflexion personnelle. C’est la vision à un instant T et aussi une stratégie pour mieux vivre. Témoignage.
Depuis bientôt 3 ans, je pratique le clown activisme et cela à fortement modifier mes modes d’action et ma façon d’aborder la vie.

Constat :
Après un certain nombre d’années de luttes plus ou moins violentes, une forme de routine militante s’est installée : dans la forme : réunion, tractage, collage, manif… et dans le fond : guerre des chapelles, enfermement dans une persuasion d’idées sans remise en cause, côtoiement de mêmes personnes… Bref, je me posais la question sur l’efficacité de mon militantisme et de ce que cela apportait à ma joie de vivre. Bien sûr, je continue ce travail, mais beaucoup moins.
Survient alors un projet de vie collective. Et là, c’est parti, j’ai sauté le pas du réactionisme (que je prends comme toujours réagir à ce qu’on nous impose) vers le constructivisme (construire le monde dans lequel je souhaite exister). Pour arriver à mes fins, il me fallait participer à la mise en place d’un « autre « rapport de force. C’est à ce moment que j’ai découvert le clown activisme. Les 1 ères rencontres furent rapides et précieuses.

Il me fallait plus de joie de vivre , exactement les buts de l’armée des clowns : action directe non violent de désobéissance, solidarité exacerbée, pas de hiérarchie, autogestion, autonomie, clandestinité (en partie), écoute de l’autre, intégration spontanée des « nouveaux », travail technique pour du visuel, rire, m’amuser et amuser les autres…
Oui, pour arriver à cela, il faut modifier sa perception du temps, ne plus suivre celle que l’on nous impose. Ce projet de rétablir la joie de vivre face à la tristesse du monde, me prendra toute ma vie et c’est bien la ma raison d’exister : Participer à la création d’une autre civilisation. A partir de là, le clown m’a aidé à sortir un peu plus de l’emprise comportementale que m’imposait le système. Il m’a permis de lâcher prise, c’est-à-dire de parler plus avec mon cœur et moins avec mon cerveau. Ma rage de vivre s’est accentuée d’une force !!! Ecoute de l’autre, respect, entr’aide, faire attention à autrui, s’exprimer de façon non-violente (physique et verbal). Que du bon !!!

Stratégie :
Pour l’instant, le clown est une étape expérimentale. De plus, ce n’est qu’une partie du puzzle de mon activisme et de la vie de tous les jours. Mais c’est actuellement la plus importante, car c’est celle qui régénère les autres. La stratégie me plaît, son efficacité, on la mesurera dans le futur. On en ai qu’au début. Le clown joue. Et de fait, le jeu proposé est le sien et non celui du système. Féroces de l’ordre, médias ou autres adversaires n’ont pas l’habitude de ne pas jouer leur jeu. On appelle ça la confusion. En effet, les forces de l’ordre ont l’habitude de la confrontation, et bien la non, on les protège, on les mime avec absurdité… Cela désamorce certaines craintes et la répression (pour l’instant) et permet de perdurer dans le temps.

Mais un point important, pour moi, est d’être sorti du cadre du militant, c’est-à-dire d’une position, face à la population bovinante, du " moi je sais " donc je te dis car tu ne sais pas. ce qui est malheureusement souvent bien vrai. Mais est-ce que l’on arrive de donner envie à la personne de s’intéresser à ce que l’on sait ? D’ailleurs, le clown ne distribue pas de tracts. Je me sens beaucoup plus dans l’attitude d’un éducateur social au travers de la pédagogie active. Soit le cheminement suivant :
L’objectif est de sensibiliser pour donner envie d’aimer, quand on aime on apprend, quand on a appris, on comprend et quand on a compris on sait agir.

Le clown, via sa présence, est là pour que les gens se posent des questions : C’est qui ce clown ? Que fait-il ? Pourquoi il fait ça ? Tout cela en apportant un instant de plus en plus rare : rire et/ou sourire (qui d’ailleurs biologiquement permet la sécrétion de dopamine, une hormone du plaisir). Là, j’espère que ces personnes essayent de trouver des réponses (difficile à évaluer). Par contre, on sait qu’une sympathie et donc une confiance s’installe. Mais il faut du temps. Et oui !!! Tout et tout de suite me parait très difficile.
Le clown utilise aussi l’effet du miroir : Faire révéler la vraie nature des pouvoirs en place. Montrer l’abîme sans fond de leur propre folie en la ridiculisant dans sa laideur et son absurdité.
Voila, il me faudrait un certain nombre de pages pour tout développer et justifier comme il se doit.

Vers ou je veux aller :
Vers ce que j’appelle le post capitalism avec une manière de vie radicool.
Le clown me permet un sacré bon en avant pour cela. Il me donne de la force, de la rage et joie de vivre. Etre bien avec moi-même pour être mieux avec les autres. Mettre les autres dans une situation de commencement à échanger pour savoir quel post capitalism on souhaite. Avant mise en application.
Pour cela, le monde du travail (choix difficile pour moi) me permet de sensibiliser un grand nombre de personnes au respect de l’autre et de l’environnement. En ayant une attitude sociale incitative avec une vie écologiquement tendant à une compatibilité avec la nature. Je privilégie le local : création d’une association d’écologie pratique (avec jardin collectif bio et pédagogique), projet de vie et d’activités collectives, luttes locales avec d’autres assos, qui demandent de plus en plus conseils et aide auprès des clowns.
Au niveau national : participation à l’armée des clowns, à la formation à l’action directe non violente, aux faucheurs et réseau libertaire.
Et bien sur avec toutes les imperfections inhérentes à cette multiplicité.
Donc, rétablir la joie de vivre et l’entr’aide : Cette dernière permettait une vie sociale riche qui continue d’etre détruite par l’individualisation orchestrée par les pouvoirs capitalistes.
Bref, je vous prie de bien vouloir croire en la sincérité de mes propos.
Mais surtout, je ne suis pas figé. Je pense par-dessus tout cela que la pluralité des approches et des pensées fait la richesse de la construction de ce post capitalism. Evidemment, la richesse de la vie, c’est la diversité.

Vive la vie

A lire dans le No Pasaran n°76 (oct.-nov. 2009)