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La piraterie une philosophie clown - Extraits

lundi 26 avril 2010, par artnezrouge

Ces extraits sont tirés du livre "Les pirates des navires maudits" de Yves KERGOF, qui commence ainsi :

On a envie de parler des pirates comme d’une engeance en marge de l’humanité. Pourtant avant de devenir des pirates, ils étaient le plus souvent des hommes comme les autres. [...] On devient pirate par vocation. Mais on le devient aussi par accident ou poussé par des circonstances plus fortes que la volonté qui choisit et décide. On le devient sous des formes diverses et à des degrés différents. Car si il y a eu des pirates à part entière, des pirates exemplaires, il y en eu beaucoup qui ne l’étaient qu’à moitié, qui ne l’étaient qu’occasionnellement - l’occasion fait le larron - ou qui l’étaient sous d’avantageux déguisements.

Il y a eu des pirates de tous les genres, de toutes les langues et nations, n’ayant de commun entre eux que les coutumes d’une existence hors la loi et différents pour tout le reste ; conduite personnelle, caractère individuel, motivations.

La piraterie ne fut ni une simple technique ni le phénomène d’une époque. Elle fut de tous les temps et de tous les lieux, tendant à disparaître quand les conditions lui étaient contraires, et renaissant spontanément aux époques troublées, à travers les espaces mal surveillés.

C’est un phénomène social, dont les traits généraux sont plus importants , pour qui veut en pénétrer la nature et la psychose, que les péripéties des vies de chacun de ses participants.

Les pirates déclarent la guerre au monde, ils ne veulent pas réformer la société mais s’en séparer. Leur utopie, ils ne prétendent pas l’imposer au reste de l’humanité. [...] Le pirate ne s’insurge pas, il prend congé. Il s’en va et s’inscrit dans un monde différent. Il sort de la société, il ne collabore jamais, il se taille une existence à lui, en marge. Il sait que cette existence sera brève, il s’en moque pourvu qu’il la vive intensément.

Le monde des pirates était un monde dans lequel on était définitivement accepté qu’après une initiation. Devenait pirate qui voulait, mais il ne le restait qu’après avoir fait ses preuves, ce qui revient à dire qu’il devait passé les épreuves devant les anciens.

Haïssant un monde de restrictions et de répression, il était logique que les pirates aspirent à un monde de liberté. Mais, réunis par des appétits terrestres, il était fatal que leur utopie se réalise au niveau le plus bas, celui des passions instinctives. Il était forcé également que leur idéal d’égalité et de liberté doive se plier aux contraintes techniques de la navigation et du combat. C’était la contradiction de leur état, mais dont ils s’accommodaient en réglant leur vie en deux parties bien distinctes : en mer, stricte discipline ; à terre, entre les combats, licence déchaînée.

Ayant souffert du mépris ou de la haine, ils voulaient entre eux des relations fraternelles. Elles l’étaient en général, quand de trop fortes tentations n’incitaient pas l’un ou l’autre à permettre à son égoïsme et à sa fourberie de prendre le dessus sur les engagements et serments réciproques. La solidarité entre eux, jusqu’au sacrifice de la vie, était une nécessité tant de la navigation dans des conditions difficiles que du combat. Leur fraternité n’avait rien d’utopique, elle était vécue chaque jour.

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